Jeudi, 5 avril 2007

Le journal du 5 avril 2007

Esprits crédules, esprits forts et esprits désinformés

La désinformation à l'envers

La majorité des commentaires récents avaient trait à la zététique, ou étude des canulars et des légendes urbaines. Le déclencheur a été la parapsychologie et la divination domaines mal famés où le sectarisme prime de même que l'amour malheureux de l'hyper-rationalité.

Les observatoires zététiques se veulent des dénonciateurs des faux mythes propagés par les charlatans et les illuminés. Ces faussaires scientifiques doivent être démasqués sinon emprisonnés comme naguère, lorsqu'ils tirent de l'argent à des dupes. L'approche zététique est donc très proche de celle de l'ISD de Genève qui analyse les atteintes volontaires et souterraines à l'information. Mais il faut se méfier des sceptiques professionnels qui tirent avantage d'une position avantageuse. De même qu'une information cache une autre information, une dénonciation peut cacher une désinformation. L'histoire est pleine de cas, où les dénonciateurs sont dénoncés.

Il est nécessaire de distinguer trois types de manipulés. Les esprits crédules sont légion. Ils croient aveuglement ce que leur dit un gourou, bénéficiant d'une caisse de résonance de sectaires et d'escrocs. Généralement ils se recrutent dans les milieux incultes et ils manquent de l'esprit critique nécessaires pour déceler la fraude.

Les esprits forts tombent dans l'excès inverse et jettent le bébé avec l'eau du bain, exigeant des preuves sans prendre la peine de les vérifier, condamnant sans savoir. Ils sont sceptiques par principe, pour montrer "qu'on ne la leur fait pas," et exigent des preuves bien plus contraignantes que celles dont se contentent les scientifiques.

Leur motivation est la mode, le sentiment que tout ce qui est excessif est insignifiant, ou encore, la peur d'être taxés de jobardise.

Il faut y ajouter le malaise qu'induit en eux l'hypothèse que les phénomènes inexplicables et incompréhensibles, cachent une plaidoirie implicite en faveur de l'existence de Dieu et désavouent le matérialisme qu'on leur a inculqué.

Ce sont des croyants à l'envers et frappés des mêmes tares.

La majorité des gens ignorent tout de la parapsychologie de laboratoire, à laquelle ils n'ont pas accès, et n'en retiennent que l'image grossière qu'en donne la presse.

Les zététiques eux-mêmes sont complices, lorsqu'ils démentent les propos des charlatans. Il s'agit de la forme la plus pure de désinformation car elle repose sur une description véridique des faits.. Par exemple M. Vivant sur son site, verse au dossier zététique, la dénonciation de fraudes enfantines en faisant semblant de les prendre au sérieux. (Voir la controverse entre Solaris et Vivant dans les commentaires).

Je vous propose dans la suite de ce journal un exemple de scepticisme mal placé assez savoureux qui rappelle la réfutation statistique de l'astrologie, mais qui donne des clés de compréhension du fait paranormal. .

Qui dénoncera les dénonciateurs?

Est-ce rétablir la vérité que de désinformer les désinformateurs?

Dans ma jeunesse, coupé de tout par la guerre, je vivais en vase clos, enfermé dans une bibliothèque croulant sous les dictionnaires, les revues et les ouvrages à la mode de la fin du XIXe siècle. Je fus abreuvé par la désinformation propre au post-romantisme et infusée par le conformisme bourgeois. Nul ne parlait des impressionnistes, Bouguereau, Meissonnier, régnaient en maîtres. Wagner était moqué, ou au contraire exalté pour des raisons aussi mauvaises les unes que les autres. Brahms, Chopin, Mahler, connais pas. Meyerbeer, Halevy, Thomas, étaient inscrits en lettres d'or au fronton de l'opéra. Les grands débats scientifiques opposaient les partisans de la notation unitaire SO4H2 et ceux de la notation dualiste SO3,H2O. Et survint Mendeleev, un russe, qui proposa une théorie loufoque.

En rangeant les éléments (les atomes, plus petits constituants de la matière, irréductibles les uns aux autres et insécables), par poids atomique croissant, le Russe constata un étrange phénomène. Les éléments avaient des propriétés cycliques : dans la séquence croissante, tous les huit éléments on retrouvait des propriétés équivalentes et ces valences identiques. Par exemple huit cases après le fluor, on trouvait le chlore, huit cases plus loin, le brome, puis l'iode... Tous avaient une valence de un, c'était des alcaloïdes et combinés à un atome d'hydrogène, ils produisaient des acides forts. En revanche, le lithium, de huit en huit cases, donnait des métaux : le sodium, le potassium etc. On pouvait donc disposer les atomes dans un tableau périodique des éléments, une matrice qui comportait cependant des cases vides. Celles-ci permettaient de prédire l'existence et les propriétés des élements manquants.

Lorsqu'aujourd'hui vous consultez dans Wikipédia, ou l'Universalis, Mendeleev,on minimise ou on tait purement et simplement, les moqueries des savants français qui accueillirent son "système". Un groupe d'académiciens sceptiques, les zététiques d'alors, refit l'expérience en rangeant les éléments par ordre alphabétique. ... alphabétique ! Il montra - sans recevoir de contradiction - que les réussites étaient aussi grandes dans les deux rangements.

Il est facile aujourd'hui de courir au secours de la victoire et de se gausser de ces braves gens, mais il faut essayer de se mettre à leur place. Cette attitude est beaucoup plus constructive. En effet les arguments invoqués contre Mendeleev étaient écrasants et me convainquirent pleinement.

Tout d'abord il était absurde de penser qu'il existait une relation quelconque entre le poids d'un élément, le soufre ou l'hydrogène par exemple, et ses caractéristiques chimiques telles que la valence, la possibilité de former des acides ou des bases (halogènes et alcalins) voire même la couleur. Si nous nous reportons à un des critères de recevabilité de la Zététique, nous constaterons que la preuve doit satisfaire des critères beaucoup plus exigeants pour les théories absurdes, choquant la raison, que pour les théories plausibles.

Or les preuves étaient loin d'être probantes. La périodicité de huit n'était valable qu'au début de la classification, (et non pas au tout début, où elle était suspendue), puis elle disparaissait. Il fallait compter dix huit cases pour la retrouver, et le milieu des cases montrait des similitudes entre colonnes.

Pis encore, certains éléments présentant des propriétés analogues, n'obéissaient pas à la périodicité. Ces entorses au système montrait qu'il fallait sélectionner les éléments pour satisfaire la théorie. Ainsi était enfreint le test zététique qui interdit la sélection dans les protocoles d'expérience;

Plus tard, la découverte de la structure interne de l'atome permit de prouver la vision de Mendeleev et d'expliquer la raison et des erreurs et de l'absurdité de la relation. C'est qu'en effet la structure cyclique n'était nullement liée au poids atomique de l'élément, mais à la masse qui elle dépendait du nombre de neutrons et de protons présents dans le noyau. La constellation d'électrons qui gravitaient en orbite autour du noyau rendait compte des propriétés du corps simple : agressivité, neutralité, métal ou métalloïde. Les erreurs provenaient du fait que les éléments trouvés dans la nature n'étaient pas des corps purs mais des mélanges d'atomes dotés d'un nombre différent de neutrons. (L'eau lourde D2O en est un exemple).

 

Ce cas est très éclairant du point de vue heuristique.. On peut en tirer les enseignements suivants :

 

1. Une théorie peut être parfaitement absurde, établissant un lien entre des séries de phénomènes totalement étrangers l'un à l'autre, lien inexplicable. Par exemple position des astres à la naissance et structure de la personnalité. Densité d'un corps et position dans une série de poids atomiques croissants, et propriétés chimiques.

 

2. Lorsque la théorie est de plus affectée par des irrégularités tout aussi inexplicables, elle devient encore plus suspecte, On se demande pourquoi dans certains cas elle fonctionne et dans d'autres cas, elle est infirmée. Il est dès lors compréhensible que l'on crie à l'imposture. Et pourtant sans être recevable, elle doit être reçue, car elle contient un fond de vérité. C'est cette notion de vérité approximative qui heurte les puristes et les conduit à contester les expériences parapsychologiques.

3.La réponse à ces anomalies est très simple : il n'existe tout simplement pas de relation directe entre le poids atomique et le comportement chimique! Ce n'est qu'une hypothèse erronée et choquante. En revanche il existe une relation biunivoque entre la composition de l'atome et ses propriétés. Le chemin sémantique s'établit alors comme suit :

A. La structure de l'atome définit les nombre de protons, de protons, et d'electrons.

 

B. Le comportement de l'atome dépend du nombre d'électrons, le poids atomique du nombre de neutrons et de protons.

 

C. Il n'y a pas de relation entre le poids atomique et les propriétés de l'élément. Celles-ci dépendent de la masse, entité inconnue du temps de Mendeleev.

 

L'erreur de Mendeleev est d'avoir établi une relation directe entre deux éléments qui ne sont reliés que parce qu'ils sont associés à un troisième terme inconnu. L'erreur des détracteurs a été de nier toute relation, dans l'ignorance où ils étaient de ne même pas pouvoir imaginer un tel troisième terme.