GAEL

Posté le: Sam Sep 02, 2006 1:38 pm Sujet du message: La valeur d'un témoignage posting.php?mode=quote&p=66606posting.php?mode=quote&p=66606


J'aimerais répertorier dans ce fil les diverses raisons de douter des témoignages, quels qu'ils soient (relatif ou non à des phénomènes paranormaux). N'hésitez pas à compléter si j'en oublie ou si vous pouvez apporter plus de détails – ou à me corriger en cas d'erreur.

1- Le mensonge

Ca ne représente qu'une minorité de cas, mais ça existe. On peut mentir pour faire parler de soi, par narcissisme ou par intérêt.

2- La " folie "

Mythomanie, hallucinations dues à la schizophrénie ou autre, etc.

Maladie mentale et mensonge, ces deux premières hypothèses, insultantes pour les témoins, sont probablement des sources très minoritaires de faux témoignages. On ne devrait les envisager qu'après avoir éliminé toutes les autres causes possibles (sauf s'il est établi que le témoin a déjà menti ou a montré de signes de troubles mentaux). C'est pourquoi je les détaille peu. Passons plutôt aux causes qui peuvent expliquer les faux témoignages d'individus tout à fait sincères et sains d'esprit.

3- L'hallucination

On peut halluciner en étant sain d'esprit. Pour de nombreuses raisons. Je n'en citerais que deux à titre d'exemples :

- Les hallucinations hypnagogiques, qui surviennent lors du passage de l'état de veille au sommeil. Elles peuvent expliquer, entre autre, certains cas de rencontres du troisième type. Un bon nombre de ces rencontres suivent un schéma classique bien connu : un individu seul conduit une voiture, de nuit. La voiture s'arrête et il rencontre des créatures (ou se fait enlever). En réalité dans la plupart des cas il s'est simplement endormi au volant, la voiture s'est arrêtée seule puisque il n'appuyait plus sur l'accélérateur, et dans un état de demi-sommeil il a commencé à halluciner.

- Les hallucinations hypnopompiques, qui surviennent lorsque un individu endormi se réveille (notamment dans les cas de paralysie du sommeil, un trouble assez répandu). Ce type d'hallucinations peut aussi expliquer bien des rencontres du troisième type et enlèvements, ainsi que des observations de fantômes (et certaines OBE). Une majorité de cas en effet survient quand la " victime " est dans son lit, et ce type d'hallucination peut engendrer des impressions diverses, parmi les plus fréquentes : visions d'êtres, de lumières, sensation de paralysie, etc.

L'hallucination est à classer dans les causes relativement rares de faux témoignages, mais il est légitime de l'envisager en tant qu'hypothèse dans tous les cas où le témoin était, au moment des faits, assis ou couché (surtout la nuit).

Ma quatrième et dernière catégorie, la plus complexe et la plus intéressante, représente sans doute l'immense majorité des cas de faux témoignages.

4- La mémoire altérée

Toutes les informations que je donnerais dans la suite de ce message sont basées sur Eyewitness Testimony (1979), un ouvrage de référence sur la psychologie du témoignage. Je conseille vraiment ce livre, il est facile à lire et bourré de récits assez détaillés d'expériences de psychologie très convaincantes. Son auteur, Elizabeth Loftus, est à la fois juriste, psychologue spécialisée dans la mémoire et le témoignage, et experte auprès des tribunaux. Elle fait autorité dans son domaine.

La mémoire d'un événement vu ou vécu peut être profondément altérée de multiples façons.

- Au moment où l'événement est vécu

La perception peut être altérée par les croyances ou les présupposés du témoin. S'il s'attend à voir une certaine chose, et qu'il voit à ce moment une chose différente mais en même temps d'une apparence proche, alors cerveau peut interpréter de travers les stimulus visuels et lui faire voir ce qu'il s'attend à voir. Il est difficile de savoir s'il s'agit d'une hallucination ou d'une mésinterprétation, en tout cas c'est une source d'erreurs.

- Durant la période entre l'expérience vécue et le moment où l'on fait l'effort de retrouver les souvenirs.

C'est souvent là que vont venir s'incruster les plus grosses distorsions. La mémoire n'est pas une caméra, elle n'enregistre pas exactement ce que l'on voit ou entend, elle ne stocke pas définitivement des informations inaltérables qu'il suffirait de retrouver par la suite. Et surtout elle ne fait pas facilement la différence entre ce que l'on a vécu, ce que l'on croit (les hypothèses et conjectures que l'on fait pour expliquer ce que l'on a vu) et les autres informations (vraies ou fausses), postérieures, sur l'événement vécu, qui peuvent venir d'autres sources. Tout cela se mélange et crée très facilement de faux souvenirs.
De nombreuses expériences prouvent sans la moindre ambiguïté qu'un témoignage inclut souvent des événements, personnages ou objets fictifs (y compris parfois sur des points importants de l'événement) simplement parce que le témoin a inconsciemment intégré à son récit des éléments du témoignage d'une autre personne, ou des choses lues dans la presse (ou vues à la télévision) sur l'événement vécu, ou ses souvenirs d'un autre événement, ou des suppositions qu'il a émises sur la façon dont les choses auraient dû se passer. Cet effet, très étudié, est déjà présent même quand on recueille le témoignage quelques heures après l'événement.
Dans certaines expériences Loftus réussit à créer de faux souvenirs chez plus des trois quart des sujets de son expérience ! Et l'effet devient encore plus impressionnant quand on interroge le témoin des mois ou des années plus tard, ou quand un même témoin est interrogé à plusieurs reprises : les éléments fictifs s'accumulent, les erreurs passées sont reprises, pratiquement jamais corrigées, chaque version devient moins fiable.

L'illustration parfaite est l'incident de Roswell, où les témoins sont tous interrogés 30 à 50 ans après les faits, plusieurs fois, par plusieurs enquêteurs. Les témoins ont entre temps le loisir de discuter avec les autres témoins, de lire les livres écrits sur Roswell (contenant eux-même leur lot de spéculations, de mensonges et de ré-interprétations des témoignages), de voir des fictions sur le sujet, etc... Et au final on a des témoins qui changent sans cesse leur version des faits au fil du temps, qui accumulent les contradictions. Et une histoire abracadabrante, complètement incohérente, avec des enquêteurs obligés de multiplier les versions différentes.

- Dernière étape de la transformation des témoignages, l'interview

Là encore, beaucoup d'expériences de psychologie montrent que toutes les distorsions sont possibles. Les croyances de celui qui recueille le témoignage, sa façon de s'exprimer, peuvent influencer profondément le témoin et le pousser inconsciemment à intégrer des éléments fictifs dans son récit. Par exemple le simple fait de demander " Avez-vous vu le... " au lieu de " Avez-vous vu un... " double les chances pour que le témoin se souvienne avoir vu la chose en question – même quand cette chose n'était pas là ! En fait, quasiment toutes les questions, excepté un vague " racontez-nous tout ce que vous avez vu " sont susceptibles de créer de faux souvenirs.

Additionnez ces trois effets :
- les distorsions survenues pendant la perception des événements,
- les modifications de la mémoire qui affectent le témoins durant la période de rétention de l'information,
- les influences qui tordent encore le récit lorsque le témoin se remémore et raconte finalement son histoire

et vous aurez une idée du peu de valeur du témoignage humain. Et vous comprenez qu'en aucun cas – aucun – un témoignage, ni plusieurs témoignages concordants, ne peuvent être reçus comme des preuves de la réalité d'un quelconque phénomène paranormal. A un phénomène extraordinaire il faut des preuves extra-ordinaire, mais les témoignages ne constituent même pas des preuves suffisantes pour des phénomènes ... ordinaires. Et qu'on ne vienne pas parler de témoins " dignes de foi ". Ca n'existe pas.

 

Plusieurs expériences ont par exemple montré que les policiers, qui devraient pourtant être habitués à observer les détails importants, rendaient des témoignages exactement aussi faux et tordus que n'importe qui d'autre.
Il existe par contre des témoins particulièrement peu crédibles : les enfants. Toutes les expériences prouvent que les distorsions susceptibles d'atteindre les témoignages des adultes ont un effet bien plus fort sur les enfants. Il est très facile de créer chez eux, grâce à un simple interrogatoire aux questions un peu trop orientées, des souvenirs d'événements totalement fictifs (comme cela s'est massivement produit lors du procès de pédophilie d'Outreau, en France, où une trentaine d'enfants ont témoigné avoir subi des abus sexuels qui n'avaient jamais eu lieu – sauf pour 4 d'entre eux)